__PDV D`IRIS__
J`ère, sans but précis, parmi toutes ces rues ... vides. J`étouffe mes larmes, je ne veux pas tout lâcher, pas maintenant, pas comme ça. Est-ce à moi de me remettre en question? Il veut tout oublier, & moi je veux juste savoir, comprendre. C`est normal, pourtant. Je ne le suis plus. Pourquoi est-ce
qu`il réagit comme ca? Comment peut-il penser des choses pareilles?
Le passé appartient au passé, Iris; il faut laisser au temps ce qui lui revient.
Pourtant, lui aussi il le connaissait, peut-être même mieux que moi. C`était son meilleur ami, bordel. Lâche. C`est le seul mot qui me vient à l`esprit. Lâche parce qu`il préfère tourner la page, choisir la facilité, plutôt que de souffrir un bon coup mais au moins, savoir ce qui c`est passé. Je suis convaincue qu`on le retrouvera, oui on le retrouvera, et alors il me prendra dans ses bras, il mettra sa tête dans ma nuque, et je respirerai son odeur, et je ... Un hoquet, une douleur, un cri. Comment puis-je être assez stupide pour croire qu`il vit encore. Je ne veux pas me rendre à l`évidence, pourtant un espoir persiste. Je le balaye d`un revers de larmes. Je tombe à genoux, mes jambes ne me soutiennent plus. Ma force m`abandonne, un peu plus de jour en jour. Ma rage augmente. S`il était devant moi, je lui hurlerai ma peine. Mais j`ai préféré partir, parce qu`au fond je savais que si j`explosais, je le perdrais lui aussi ... Et il est tout ce qui me reste. Je me balance en arrière, m`assois contre le pavé humide de cette petite ruelle. Ce Paris là n`est pas le même la nuit. C`est comme ça que je l`aime. Qu`on l`aimait. Arrêtes de pleurer, t`es lamentable comme ça. S`il te voyais dans cet état, tu crois qu`il serait fier de toi? C`était l`Iris forte qu`il connaissait, celle qui affrontait ses problèmes la tête haute, à qui rien ne faisait peur. Oh pardonnes-moi mon amour, pardonnes-moi. C`est si dur sans toi. Je sors sa photo de la poche de ma veste. Je la porte toujours contre moi, là, tout prêt de mon coeur. Il est si beau ... Il sourit et me regarde. Arrête, je t`en supplie. Me regardes pas comme ça. La boule dans ma gorge me lance douloureusement. J`ai accumulé ces dernières heures une rage beaucoup trop forte pour moi. Ma haine se retourne contre la photo. Perte de contrôle. Et je lui hurle des mots atroces dans ma tête. Pourquoi tu m`as abandonné, hein? Pourquoi? T`es qu`un connard, un sale connard. Comment t`as pu me faire ça, hein? Comment t`as pu me lâcher comme ça, sans prévenir? Enfoiré. Je le hais et je l`aime, à l`infini . Sentiments inexplicables, opposés & soudés ...
__PDV DE TOM__
Je suis mort. J`ai trop bu, ma tête me fait mal, mon corps n`est plus qu`à moitié contrôlable. Georg est dans le même état. Gustav est à peu près normal; seul Bill est parfaitement a jeun. Il n`a rien bu, rien du tout. Cette soirée était pourtant excellente. Je regrette un peu d`avoir ingurgité autant d`alcool; nous quittons les lieux à regret. Bill propose une petite marche pour nous aérer, seulement quelques minutes. J`accepte, Gustav aquièce en silence, Georg n`a sûrement pas entendu. La nuit est froide, un vent frai me frôle le visage. J`avance en titubant, tout me semble flou, indistinct. Peu à peu, mes idées se brouillent. Georg me saisit le bras, et nous entamons durch den monsun gaillardement sous les regards apitoyés de Bill et Gustav. Je les vois se dire quelque chose, je ne me préoccupe pas de savoir quoi. Nous nous enfonçons petit à petit dans les profondeurs de Paris. J`aime cette ville, elle me rends complètement euphorique. Brusquement, les claquements de semelles propre à mon jumeau se taisent . Bill s`est arrêté de marcher. Je me retourne, et je reconnais sa tête malgré mon état d`ébriété avancé.
- On est perdu, hein.
- Mais, heu ... Pas du tout!
- Bill c`est bon ... hic ... Même bourré je sais quand ... hic ... t`es contrarié !
Les rires de Georg se mêlent aux miens. Gustav ne semble pas trouver la plaisanterie très drôle, Bill encore moins. Il fait une moue véxée.
- Bon, on fait demi tour, et puis on prendra à gauche, par là.
Il montre du doigt une ruelle qui ne me dit absolument rien. Je me tais, étant donné qu`on ne prendra pas au sérieux la démarche instable et les hic entrecoupant mes phrases. Gustav semble douter lui aussi, mais craint sûrement que Bill ne se renfrogne encore plus s`il intervenait. Je n`ose même pas regarder Georg. Finalement, il est encore pire que moi ... Il avance en feuille morte, quatres pas à gauche, six à droite. Ca serait presque drôle s`il n`hurlait pas JE SUIS LE ROI DU MONDE en brandissant ce qui semblerait être un gouvernail de bâteau. Nous pénétrons dans la rue étroite choisie par mon frère. Non, je suis persuadé que nous ne sommes jamais passé par là. J`ai bau être bourré, je possède quelque chose que mon jumeau n`a pas: le sens de l`orientation. Je m`apprête à lui expliquer que nous ferions mieux de rebrousser chemin lorsqu`un bruit brise le silence de la ruelle. Bill nous fait signe de nous taire, ce que nous faisions déjà, il me semble. J`essaie d`écouter un peu plus distinctement. Le bruit recommence. Quelqu`un pleure, je crois. Nous nous approchons silencieusement. Peu à peu, une silhouette se forme devant mes yeux. C`est une fille, le ton un peu aïgu des sanglots et des cheveux qui tombent en cascade me le confirme. Sans me poser plus de question, je m`approche en sifflotant; Bill me retient par le bras. Je me dégage violemment: depuis quand me dicte t`il mes faits et gestes, celui-là? Je me rapproche d`elle sous le regard outré de mon double; Georg c`est étonnement arrêté de se prendre pour Di Caprio, et Gustav est, comme d`habitude, muet. Elle est assise sur le bord du trottoir, et sert quelque chose dans ses mains. Son visage est mouillé de larmes. Elle à l`air d`être belle. Je me racle la gorge, une idée quelque peu déplacée surgit dans mon esprit.
- Bah alors poupée, ça va pas ? Tu veux que je m`occupe de toi ?
Immédiatement, Georg rit. Je sens mon frère décontenancé, comme à chaque fois que j`aborde une fille. Elle lève la tête vers moi, et son regard vire à l`ébène. Une ombre passe devant son visage ...
- Pauvre con !
- Hein O_o ?
Georg arrête de rire immédiatement; Je me retourne vers Bill, un air de dégoût profond déforme les traits de son visage. Gustav,les sourcils froncés, me fusille du regard. Les bruits de course s`éloignent, elle est déjà loin ... Sans comprendre, je reviens vers eux. Ces deux mots m`ont fait l`effet d`un éléctro-choc. Le brouillard se dissipe dans mon esprit, et un sentiment de honte m`envahit tout entier.
__PDV DE Bill__
Depuis plusieurs minutes, nous déambulons dans ces rues sombres et tranquilles. Je suis le seul à ne pas être complètement défoncé. Ce n`est pas l`envie qui me manquait, mais la volonté. Oui, j`ai eu la flemme de sombrer dans l`alcool, ce soir. Et quand je regarde mon frère et Georg, je ne regrette pas. Cet état là, je le fuis désormais. J`essaie de rester lucide 24/24, pour voir ce que ça fait. Je suis fatigué de toutes ces fêtes, tous ces sourires, tous ces éclats de rire, masques d`un monde beaucoup moins beau. A quoi bon faire semblant. On a pas eu d`adolescence, on est passé de gamins à adultes. On a été jeté dans le monde des grands beaucoup trop vite. On a rien vu, rien vécu. J`avance en ressassant tout ça, tout ce temps perdu. Je sors de mes pensées, et je réalise que je ne sais absolument pas où on est. Je tourne la tête à droite, à gauche; rien à faire, on est perdu. J`arrête de marcher, le son de mes talons résonne en écho dans la nuit. Tom se retourne vers moi; il me fait de la peine, dans cet état là. Je voudrais tellement qu`il arrête toutes ces conneries. Je sais que c`est un appel au secours inconscient qu`il lance à chaque seconde. Et je suis incapable de faire quoi que ce soit. Excuses-moi mon frère, excuses-moi. C`est ma faute si nous sommes embrigadés dans cette illusion perpétuelle. On ne peut plus reculer, j`en suis désolé.
- On est perdu, hein.
Son regard narquois ne me touche pas; le fait qu`il lise en moi comme si on ne faisait qu`un à du mauvais, parfois. D`un susceptible très prononcé, je ne peut m`empêcher de me vexer, & je bredouille quelque chose dont je ne suis que peu convaincu.
- Mais, heu ... Pas du tout!
Son expression accentue ma gène; je sais qu`il sait.
- Bill c`est bon ... hic ... Même bourré je sais quand ... hic ... t`es contrarié !
A cet instant, il me répugne. J`ai horreur de le voir dans cet état d`ébriété, complètement H-S. Oui, on c`est perdu, voilà. Tu veux peut-être prendre la direction des choses, complètement ivre et sans aucun point de repères ? Vas-y, je te laisse faire. Il attends une réponse, et je dis n`importe quoi pour simuler ma connaissance des lieux. Je tente de prendre un ton assuré et un air convaincu avant de leurs lancer:
- Bon, on fait demi tour, et puis on prendra à gauche, par là.
En réalité j`hésite à prendre cette rue; elles se ressemblent toutes... Georg m`effraie un peu, à vrai dire; il marche en zigzag, menace de tomber à chaque instant. Seul Gustav garde toute sa dignité, ou presque. Je lui chuchote discrètement un " merci de ne pas les avoir suivis dans leurs délires " auquel il répond par un hochement de tête. Il ne parle presque jamais, mais au moins, je sais qu`il est là. Nous avançons et je commence à avoir froid; sûrement la fatigue, il paraît que ça fait frissonner. Un bruit, un écho, arrive jusqu`à nous. Je leurs fait signe de se taire, instinctivement. Je veux comprendre l`origine de ce bruit; là-bas, assise sur un bout de trottoir, j`aperçois une silhouette. A moitié fondue parmi les ombres, je distingue une jeune-fille. Quel âge à t`elle? Je n`en sais rien. Nous nous rapprochons un peu plus, et je vois Tom accélérer le pas. Je tente de le retenir, il se dégage un peu trop brusquement. Je sens qu`il va jouer et qu`il va perdre; il m`agace sérieusement. Je l`entends siffloter, il se rapproche encore de l`inconnue, et lui lance avec un air un peu trop coquin,
- Bah alors poupée, ça va pas? Tu veux que j`m`occupe de toi ?
& elle à levé la tête.
& mon coeur s`est arrêté.
Juste le temps qu`elle le regarde, de ses yeux noirs. Ils ne brillaient pas, ou alors seulement à cause des larmes qu`ils contenaient. Son maquillage avait coulé, ce qui lui donnait un charme encore plus grand. De long cheveux rouges sombres, presque noirs longeaient un visage fin, aux traits réguliers. Elle avait des lèvres pâles, et les grands cils noirs qui encerclaient ses yeux donnaient à son regard une intensité fulgurante. On aurait dit une poupée, une de ces poupées de porcelaine que l`on ose à peine effleurer du regard tant elles semblent fragiles. Beauté douce & amère. J`eu l`impression qu`une ombre la traversait. Elle s`arrêta de pleurer, une fraction de seconde se passa. Et tout à coup, comme sortit de ses entrailles, une expression effrayante pris place sur son visage.
- Pauvre con !
Elle se leva, partit en courant.
& mon coeur se remit à battre.
Il me semblait qu `elle avait fait tomber quelque chose, mais je n`y fit pas attention, pas tout de suite. En la regardant s`éloigner, je réalise à quel point mon frère me dégoute. Je tourne alors la tête vers lui, il n`a visiblement rien compris. Il pue l`alcool et l`idiotie. Je lis sur ses traits sa prise de conscience: stupidité, indélicatesse et paroles puériles. Je ne prends même pas la peine de lui dire bravo, bien joué; il comprend tout seul. Il revient vers nous, honteux; et nous faisons demi-tour sans un mot. Tout à coup, je prétexte avoir fais tombé mon briquet par terre, et retourne sur mes pas en courant. Elle avait effectivement laissé tomber quelque chose. Je me baisse, et trouve dans le caniveau une photo détrempée; je ne l`observe qu`à peine pour me concentrer sur un bout de feuille plié en quatre. Je n`ai pas le temps de le déplier, j`entends Gustav me demander ce que je fabrique.
- J`arrive! Il ... il a du tombé dans une bouche d`égouts, je ne le retrouve pas ...
-Laisse tombé, allez viens!
- Oui, j`arrive, j`arrive ...
J`enfourne la feuille et la photo dans la poche de mon jean, et je reviens vers eux. Ils ne soupçonnent rien, et j`ai son image qui reste gravé dans mon cerveau, si belle ... & nous rentrons tant bien que mal à l`hôtel, grâce au bon sens de Gustav qui lui, sait se repérer.